Il n’aura pas fallu beaucoup de temps à Emmanuel Macron pour provoquer un tollé en France, et ce depuis le Brésil, où se tient l’actuelle COP 30. Alors que le président de la République s’était rendu à Belém en amont de la COP, pour faire le point sur la relation entre la France et le Brésil, il a aussi été question du dossier épineux de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur.
L’indignation qui a secoué la France est venue de cette phrase, prononcée par le président français, quant à la possibilité de l’entrée en vigueur de l’accord Mercosur : “Je suis plutôt positif, mais je reste vigilant, parce que je défends aussi les intérêts de la France”. Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu à une situation déjà tendue. La déclaration a provoqué des réactions de toute part : de la gauche à la droite, du syndicat agricole majoritaire (FNSEA), à la ministre à l’agriculture Annie Genevard – pour qui, “le compte n’y est pas”. Ce qui a surtout surpris, c’est le revirement du président, qui était opposé à cet accord il y a encore quelques mois.
Rappelons les enjeux : le Mercosur réunit la plupart des pays d’Amérique du Sud ; il s’agit d’une communauté économique qui repose beaucoup sur l’agriculture et les matières premières. L’accord commercial prévoit ainsi de baisser les barrières douanières de l’UE sur le miel, le bœuf et le riz en provenance du Mercosur, et pour les pays d’Amérique du sud, l’abaissement des droits de douanes sur les voitures, la chimie et les vêtements.
Ce que craignent les acteurs du secteur agricole et notamment français, c’est la submersion du marché européen par les produits d’Amérique du sud. En effet, les quotas d’importations sont exorbitants, presque cent mille tonnes de bœuf sont attendues sur le marché européen par exemple. Autrement dit, c’est bien la crainte d’une concurrence déloyale entre les agriculteurs de l’UE et ceux du Mercosur qui émerge. En effet, l’UE impose un cahier des charges qui comprend des normes de traçabilité, d’engagement éco-responsable et de mesures pour le bien-être animal, alors que les agriculteurs du Mercosur seront soumis à des normes moins strictes. Bien que la Commission assure avoir mis en place des “mesures de sauvegarde bilatérales” dans l’accord validé le 3 septembre 2025, les acteurs du monde agricole français ne sont pas satisfaits et considèrent l’accord comme contre-productif, si l’on se base sur le désastre social, économique et écologique que représente l’intensification des flux commerciaux entre ces deux zones.
Alors quelle est la situation du traité ? Un accord a été signé entre l’UE et le Mercosur en décembre 2024, et le 3 septembre 2025, c’est la Commission qui a approuvé sa version intérimaire, c’est-à-dire la partie uniquement commerciale de l’accord. Dorénavant, c’est le Conseil de l’UE qui doit l’adopter à la majorité qualifiée. La prochaine échéance à été annoncée par la présidence brésilienne le 20 décembre 2025 à Rio, pour signer l’accord entre les parties.
Louise CAMBON

