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La situation à Bamako reste critique malgré une légère amélioration récente dans l’approvisionnement en carburant. Même si le JNIM n’a pas la capacité de prendre la capitale, il exerce une pression importante sur le gouvernement, ce qui pourrait conduire à de futurs compromis. L’aide militaire russe demeure insuffisante : malgré la livraison d’armes, elle ne permet pas au Mali de faire face à une crise d’une telle ampleur, laissant les groupes djihadistes prospérer dans la région.

Un peu de contexte…

Pour comprendre la situation actuelle au Mali, il est important de revenir sur les événements récents afin de mieux saisir les difficultés que traverse le pays. Le Mali est un pays profondément instable, notamment en raison de la présence de nombreux groupes terroristes actifs dans la bande sahélo-saharienne. C’est dans ce contexte que la France avait lancé, le 1er août 2014, l’opération Barkhane, qui poursuivait plusieurs objectifs : empêcher l’effondrement de l’État malien, contribuer à la reconstruction des forces armées maliennes, favoriser le développement et la stabilité du pays, et combattre les groupes terroristes.

Cependant, depuis le coup d’État du 24 mai 2021 mené par le colonel Assimi Goïta contre le président Bah N’Daw — lui-même désigné après le putsch de 2020 —, ainsi qu’en raison de l’hostilité croissante des populations locales envers les forces françaises, la France a mis fin à l’opération Barkhane. Les dernières troupes françaises ont quitté la base de Gao le 15 août 2022. Les nouveaux dirigeants du Mali ont accusé la France d’ingérence et se sont tournés vers le groupe de mercenaires Wagner pour assurer leur sécurité. De plus, la guerre en Ukraine a conduit la France à redéfinir ses priorités stratégiques.

Ces évolutions ont permis au groupe terroriste JNIM (formé le 1er mars 2017 de la fusion d’Ansar Dine, d’Al-Qaida au Maghreb islamique et d’autres factions djihadistes) d’accroître son influence, notamment dans les zones rurales proches du Burkina Faso et du Niger. Cela facilite leur contrôle logistique, ce qui se traduit notamment par un blocus du carburant imposé par le JNIM sur Bamako depuis maintenant deux mois, afin d’affaiblir le pouvoir en place.

Que font les autorités maliennes face à ce blocus inédit ?

Depuis septembre, Bamako subit un blocus du JNIM portant principalement sur le carburant, essentiel pour les habitants comme pour le gouvernement. Les djihadistes attaquent les convois pétroliers sur les grands axes reliant la capitale à Dakar (à l’ouest) et à Abidjan (au sud).

C’est pourquoi les autorités maliennes avaient fermé les établissements scolaires et rationné le carburant. Depuis lundi, le ministre de l’Éducation a toutefois rouvert les écoles dans la capitale. Le Mali, pays enclavé fortement dépendant de ses routes pour son approvisionnement, a récemment réussi à sécuriser certains convois grâce à l’armée.

Le gouvernement a également annoncé la création d’une force militaire de 5 000 hommes destinée à lutter contre les groupes armés dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Enfin, pour réduire l’influence du JNIM, les autorités ont interdit la vente de carburant en dehors des villes, compliquant cependant l’approvisionnement pour les habitants des zones rurales.

Dans les villages autour de Bamako, notamment dans le centre du pays, l’influence du JNIM reste forte. Les habitants sont contraints de signer des accords interdisant tout contact avec les forces de sécurité. Les djihadistes imposent également des règles strictes aux voyageurs, comme le port du voile pour les femmes ou la séparation des sexes dans les transports. Même s’ils n’ont pas la capacité de capturer Bamako, ils disposent de moyens logistiques suffisants pour mener des attaques sur les convois et imposer leur autorité à l’échelle locale.

Une présence russe permanente malgré les échecs ?

Le groupe Wagner est entré au Mali en 2021 pour assurer la sécurité de certaines régions en échange de concessions minières, notamment de l’or. Le 5 juin 2025, Wagner a annoncé avoir accompli sa mission et quitté le territoire malien, laissant la place à l’Africa Corps, un groupe paramilitaire affilié au ministère russe de la Défense chargé de soutenir la politique étrangère de la Russie en Afrique.

Ce retrait est dû au mécontentement de la population et du gouvernement malien. Il intervient par ailleurs dans un contexte de divisions internes chez Wagner depuis la mort de son dirigeant Evgueni Prigojine le 23 août 2023 dans un crash d’avion. Le groupe a également subi plusieurs échecs face aux djihadistes, comme l’embuscade de juillet 2024 qui a coûté la vie à plusieurs de ses commandants.

L’impact économique et humanitaire du blocus

Le blocus imposé à Bamako a de lourdes conséquences économiques. Le pays tourne au ralenti, et des files d’attente se forment devant les stations-service. Certaines entreprises demandent à leurs employés de rester chez eux, faute de carburant, les plongeant dans le chômage et dans la précarité.

On estime que sur les 700 stations-service de la capitale, seulement 110 fonctionnent encore, et de manière aléatoire. Les coupures d’électricité se multiplient : EDM (Énergie du Mali) fournit désormais seulement six heures d’électricité par jour à la population.

Dans les villages autour de Bamako, le JNIM impose un climat de terreur, notamment par des enlèvements ou des assassinats comme celui du 7 novembre dans la ville de Tonka, région de Tombouctou, où Mariam Cissé a été tuée car elle était soupçonnée d’informer l’armée malienne.

Alexandre COULONDRE

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