Reuters

Officiellement réélue avec un score écrasant, Samia Suluhu Hassan voit sa victoire immédiatement remise en cause par une population en colère. La brutalité de la répression et les appels internationaux à l’enquête font basculer la Tanzanie dans une zone d’incertitude politique.

« Nous devons obtenir des élections libres et justes et Samia doit partir » déclare un protestataire à Dar es-Salaam le 29 octobre. Alors que la présidente sortante Samia Suluhu Hassan remporte les élections générales du 29 octobre avec un score officiel de 97% des voix, et se prépare  au commencement de son deuxième mandat, le pays est  ébranlé par une vague de contestations et une répression d’une violence inédite. 

Samia Suluhu Hassan, première femme à diriger la République-Unie de Tanzanie depuis l’indépendance du pays en 1963, accède pour la première fois au pouvoir en 2021 après la mort du président John Magufuli, dont elle était la vice-présidente. Son arrivée au pouvoir et sa rupture apparente avec l’autoritarisme des gouvernements précédents – incarnée par la réouverture de journaux interdits, le retour d’opposants exilés –  suscitent initialement un espoir de changement chez les Tanzaniens. 

Toutefois, la campagne de 2025 est marquée par un revirement brutal. Entre les pressions gouvernementales, l’arrestation de nombreux candidats concurrents, la censure de journaux, la suspension temporaire d’Internet dans le but de dissimuler les exactions du régime et l’imposition d’un couvre feu, l’impopularité croissante de la présidence conduit à un soulèvement massif dans tout le pays. 

Alors que le score est rejeté par les partis d’opposition, qui dénoncent l’hypocrisie du discours de Samia Suluhu Hassan du 1er novembre dans lequel elle affirme que l’élection avait été «libre et démocratique», l’entièreté de la population se mobilise lors de manifestations d’ampleur. Les contestations sont réprimées avec une violence inouïe. Le décompte définitif des victimes demeure encore incertain : l’opposition évoque 800 morts tandis que d’autres sources diplomatiques en mentionnent au moins 2 000.

La brutalité avec laquelle le gouvernement a contenu les soulèvements provoque une grande inquiétude chez les observateurs internationaux et les défenseurs des droits humains. Le 31 octobre, M. António Guterres, secrétaire-général de l’ONU, exprime sa préoccupation quant à la violation des droits fondamentaux en République-Unie de Tanzanie tandis que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) appelle à l’ouverture d’enquêtes approfondies sur les événements.

Tandis que la présidente Hassan tente d’affirmer la légitimité de son second mandat, la défiance d’une large partie de la population et les appels de la communauté internationale à faire toute la lumière sur les exactions laissent présager une période d’incertitude politique majeure.

Balsane FITSCH-MOURAS

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