Crédit : compte X de l'Élysée

Un partenariat majeur fragilisé avant même d’exister : lundi 17 novembre, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky ont signé à Paris un accord de défense historique. L’Ukraine pourra acheter jusqu’à 100 avions de chasse Rafale, fabriqués par Dassault Aviation. Mais alors que la signature venait à peine d’être annoncée, une autre nouvelle est venue ternir la portée de cette annonce: la démission de plusieurs ministres ukrainiens, accusés de corruption. Un enchaînement qui interroge la solidité de cette coopération et la confiance des alliés européens. 

Un contrat à la hauteur des ambitions françaises 

L’image a marqué les esprits: M. Macron et M. Zelensky côte à côte, unis sous les drapeaux français et ukrainien, pour signer ce que Kiev qualifie “d’accord du siècle”. Cette lettre d’intention portant sur 10 ans prévoit la vente progressive de 100 Rafale F4, de radars et de drones mais aussi la création d’un centre de maintenance en Ukraine et la formation de pilotes ukrainiens en France.

Pour Kiev, c’est un pas vers une plus grande autonomie militaire, après des mois de dépendance vis-à-vis des livraisons d’armes occidentales jugées trop lentes. Pour Paris, l’accord représente une victoire diplomatique et industrielle, qui renforce sa position de fournisseur majeur en Europe tout en soutenant un pays en guerre. Comme le résume l’expert en stratégie Jean-Baptiste Mattei, de la Fondation pour la Recherche Stratégique : “La France gagne un partenaire stratégique, l’Ukraine gagne un souffle militaire. Mais la confiance reste un défi.” 

Le scandale qui a tout compliqué 

Dès le lendemain de la signature, plusieurs médias (dont Sud Ouest) ont révélé un vaste système de corruption au sein du gouvernement ukrainien. En effet, le ministre de la Justice, Guerman Galouchtchenko, et celui de l’Énergie sont soupçonnés d’avoir détourné des fonds publics, notamment via des contrats d’équipements stratégiques. Tous deux ont été suspendus puis ont présenté leur démission sous la demande de M. Zelensky qui était pourtant particulièrement proche de Andriy Yermak Selon les autorités ukrainiennes, il s’agit d’une “enquête interne exemplaire”.

Cependant, le moment ne pouvait être plus mal choisi : ces révélations éclipsent la signature du contrat et font naître des doutes sur la gestion des aides internationales. « C’est une tache sur un moment diplomatique crucial », reconnaît un diplomate français voulant rester anonyme et cité par Le Nouvel Observateur

Pourquoi ce scandale inquiète Paris 

À l’Élysée, le ton reste mesuré. Officiellement, aucun lien n’existe entre cette affaire et l’accord militaire. La France insiste sur les garanties de transparence et sur le contrôle européen des flux financiers associés au contrat. En revanche, en coulisses, certains redoutent un effet d’image. À Paris, on craint que ce partenariat, présenté comme un symbole de solidarité, ne soit perçu comme une preuve d’imprudence.

Ce malaise s’explique aussi par un contexte plus large. Malgré des progrès notables, la corruption reste un défi majeur pour l’Ukraine, et l’Union européenne rappelait encore en 2024 que la lutte anticorruption demeurait une condition essentielle à toute adhésion future. Cette affaire relance donc une question qui hante depuis longtemps les chancelleries: peut-on soutenir des Etats à intégrer l’UE sans pourtant fermer les yeux ? 

Un partenariat sous tension, mais pas remis en cause 

Malgré le scandale, ni la France ni l’Ukraine n’envisagent de remettre en cause l’accord. Les premières livraisons de Rafale sont attendues à partir de 2027, avec une partie du financement couverte par  le Fonds européen de défense. Pour la France, ce contrat reste un pilier de sa stratégie visant à construire une “Europe de la défense” capable de s’affirmer face aux États-Unis. Toutefois, l’épisode révèle les limites d’une diplomatie d’urgence, où les alliances indispensables s’accompagnent souvent de fragilités politiques. 

En un mot: La guerre impose des partenariats solides, mais elle rappelle aussi que la transparence politique peut devenir une arme aussi essentielle que les avions eux-mêmes.

Anaëlle LE HENANFF

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