Ludovic MARIN / AFP

L’adoption par le Parlement algérien d’une loi criminalisant la colonisation française (1830-1962) le 24 décembre dernier marque une étape majeure dans le processus mémoriel de ce sombre passé.

En Algérie, la majorité des médias perçoivent dans le vote à l’unanimité du 24 décembre un moment historique. Le texte, composé de 27 articles, qualifie officiellement la colonisation de « crime d’État ». Il énumère des actes jugés imprescriptibles : torture, exécutions extrajudiciaires, essais nucléaires au Sahara, pillage des ressources et disparitions forcées. Il ne s’agirait pas d’un acte d’hostilité, mais de « fidélité à la mémoire des martyrs » selon Mohamed Lahcen Zeghidi, coprésident de la Commission mixte algéro-française sur l’histoire et la mémoire. La loi exige de la France des excuses officielles et des indemnisations pour les préjudices matériels et moraux, sans qu’elle n’ait aucune capacité de coercition réelle sur le plan international. Elle prévoit également des sanctions pénales contre toute glorification de la colonisation.

La réaction française est sans équivoque : le Quai d’Orsay dénonce une démarche entravant la reprise du dialogue et le travail mémoriel apaisé. La presse algérienne rappelle, en retour, la loi française de 2005 qui évoquait le « rôle positif » de la colonisation, soulignant l’incapacité de Paris à accepter une vision algérienne indépendante. Le site TSA met l’accent sur les 17 essais atomiques français. L’Algérie réclame toujours les cartes de localisation des déchets radioactifs enfouis, que Paris refuse de fournir.

Après la grâce de Boualem Sansal, c’est maintenant le cas de Christophe Gleizes, journaliste sportif français, qui cristallise les tensions entre la liberté de la presse et la justice algérienne dans un contexte diplomatique déjà tendu.

Christophe Gleizes a été condamné à une peine de sept ans de prison ferme, et la cour d’appel de Tizi-Ouzou l’a confirmé, le 3 décembre. Les chefs d’accusation sont les suivant : “apologie du terrorisme” et “possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national”. La justice algérienne lui reproche également des  “contacts avec des personnes liées au mouvement séparatiste MAK (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie)”, classé comme organisation terroriste par les autorités algériennes en 2021. La peine est jugée disproportionnée par ses soutiens. RSF rappelle qu’elle est « la plus lourde infligée à un journaliste français pour avoir exercé son métier, depuis plus de dix ans. »

Le journaliste a déposé un pourvoi en cassation pour contester la légalité de sa condamnation sur la forme. Face à la lenteur et à l’incertitude judiciaire, sa mère, Annie Gleizes, a adressé une lettre ouverte au président algérien Abdelmadjid Tebboune pour solliciter une grâce présidentielle, invoquant des raisons humanitaires, à l’instar de Boualem Sansal. RSF a lancé une pétition d’envergure demandant sa libération immédiate. Pour l’ONG, cette détention est arbitraire. Ils soulignent que Gleizes n’est qu’un journaliste exerçant son métier et que son emprisonnement vise à intimider la presse étrangère. La pétition cherche à mobiliser l’opinion publique et le gouvernement français pour que le dossier soit traité comme une priorité diplomatique. Elle compte, au moment où j’écris, 28 204 signatures.

Aurélien Walter

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