Le 3 janvier 2026, le président vénézuélien Nicolás Maduro est enlevé lors d’une opération clandestine menée par les États-Unis sans le consentement du Congrès. Assumée par l’administration de Donald Trump, cette intervention provoque une vague de réactions diplomatiques et relance les interrogations sur les limites de l’interventionnisme américain, le respect du droit international et les équilibres de l’ordre international.
C’est dans un ébahissement collectif que débute l’année 2026. Alors que 2025 s’achève avec le bombardement d’une zone portuaire de Caracas, revendiqué publiquement le 29 décembre 2025 par Donald Trump dans le cadre d’une opération de lutte contre le narcotrafic, une nouvelle étape dans la montée des tensions est franchie quelques jours plus tard.
Le 3 janvier 2026, la communauté internationale apprend l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse lors d’une opération clandestine, « Absolute Resolve », menée par les Etats-Unis dans la nuit du 2 au 3 janvier.
Si cette intervention s’inscrit dans une longue tradition américaine consistant à considérer l’Amérique latine comme la sphère d’influence naturelle des Etats-Unis – une approche justifiée par la doctrine Monroe de 1823 – ce sont avant tout ses implications au regard du droit international qui suscitent une inquiétude croissante. Aux Etats-Unis, Donald Trump multiplie les déclarations affirmant que Washington est désormais « aux commandes » du Vénézuéla. Il assure en outre qu’il va « s’assurer que le pays soit géré correctement », tout en laissant entendre qu’une nouvelle intervention pourrait avoir lieu : « nous sommes prêts à mettre en place une seconde attaque si nécessaire ».
Lors de sa conférence de presse à Palm Beach, le 3 janvier 2026, Donald Trump se félicite de la réussite de l’opération et affirme vouloir apporter “paix, liberté et justice” au peuple vénézuélien. Toutefois, ses prises de paroles successives révèlent son approche pleinement économique et utilitariste. Alors que les notions de “démocratie” ou d’ “État de droit” sont absentes de son discours, le terme de “pétrole” est mentionné plus d’une vingtaine de fois. Le 6 janvier, cette vision est pleinement assumée alors que Donald Trump affirme que les autorités vénézuéliennes leur remettraient entre 30 et 50 millions de barils de pétroles, destinés aux marchés internationaux, et que les recettes seraient placées sous contrôle américain. La justification officielle d’une telle mesure est, selon le président américain, pour “stabiliser” le Vénézuéla.
Sur le plan diplomatique, cette rhétorique coercitive provoque une opposition significative. Le 4 janvier, l’Espagne, le Brésil, le Chili, la Colombie, le Mexique et l’Uruguay publient un communiqué commun rejetant les actions militaires unilatérales menées sur le territoire vénézuélien, jugées contraires au droit international. La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, déclare publiquement que « l’Amérique n’appartient à aucune doctrine ni à aucune puissance » tandis que les pressions états-uniennes se multiplient.
A l’échelle internationale, les réactions contrastées – notamment européennes – illustrent l’incapacité des Etats à s’affirmer et s’émanciper de leur dépendance excessive aux Etats-Unis. Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, rappelle le 6 janvier que « Les Etats ne doivent pas menacer ou recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre Etat ». Bien que les évènements soient ouvertement critiqués par les instances internationales, le désintérêt du président américain pour ces condamnations ne fait que réaffirmer les limites du système multilatéral.
Dès lors, l’enjeu n’est plus uniquement celui du Vénézuela mais celui de la création d’un précédent. L’ interventionnisme américain, assumé et justifié au nom d’impératifs sécuritaires, redéfinit les limites de la souveraineté étatique. Il interroge sur les répercussions que le renversement du régime de Nicolas Maduro pourrait avoir à moyen et long terme. Qu’implique-t-il pour le Groenland, au regard de l’intérêt que lui portent les Etats-Unis ? Quelles conséquences peut-il avoir en ce qui concerne les prétentions territoriales de la Chine à l’égard de Taïwan et que peut-il engendrer pour l’Ukraine, dont Moscou convoite le territoire? En somme, assiste-t-on nous à l’émergence d’un nouvel impérialisme fondé sur la normalisation des rapports de force et la mise à l’écart des normes internationales ?
Balsane FITSCH-MOURAS

