Audrey Senecal / Courrier International

Le Sahara occidental représente une superficie de 266 000 km², ce qui équivaut à un peu plus d’un tiers de la superficie de la France hexagonale. Les délimitations de ce territoire sont totalement artificielles car elles ont été décidées par des accords entre la France et l’Espagne en 1900, 1904 et 1912. Le Sahara occidental partage ses frontières avec le Maroc, l’Algérie ainsi que la Mauritanie.

Le Sahara occidental se caractérise par un relief globalement plat et un climat désertique. La vie humaine y est cependant possible car de l’eau est présente dans les sous-sols, le Sahara occidental est riche en ressources halieutiques, ainsi qu’en phosphates servant à produire des engrais. De 1884 à 1976, le Sahara occidental était un territoire sous domination espagnole. 

La délimitation arbitraire de ces frontières, couplée au fait qu’on y retrouve des ressources, implique donc le risque de conflits ouverts entre les pays voisins augmentent dans un contexte de désinvestissement de l’Espagne, puissance administrant le Sahara occidental.  

Des racines lointaine pour un conflit inachevé

Le conflit débute dès 1975, au moment où l’Espagne n’administre plus entièrement le Sahara occidental, et ce conflit dure désormais depuis cinq décennies. 

Le royaume revendique sa souveraineté sur l’ensemble du Sahara occidental dès le début du conflit ; aujourd’hui il contrôle 80 % du territoire. La première action du roi marocain Hassan II pour manifester la souveraineté du royaume est l’annexion unilatérale, via la “marche verte”, mobilisant près de 350 000 Marocains pacifistes, en direction de la colonie de Rio de Oro (au sud). Cependant l’ensemble de l’action marocaine s’est soldé par un affrontement entre les forces armées marocaines et algériennes entre 1975 et 1976. Les confrontations se sont arrêtées à la suite de la signature, à Madrid, et l’administration du Sahara occidental est attribuée par l’Espagne au Maroc et à la Mauritanie.

La Cour internationale de justice avait dès 1975, rendu son avis sur cette souveraineté prétendue et ces liens d’allégeance qui « n’établissaient l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental, d’une part, le Royaume du Maroc ou l’ensemble mauritanien, d’autre part ».

C’est dans ce contexte qu’un mouvement indépendantiste au Sahara occidental commence à se faire connaître comme une alternative à la domination marocaine. Ce mouvement a été créé en 1973 et se nomme le Front Polisario. Il bénéficie du soutien de l’Algérie et défend le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. En 1976 le Front Polisario déclare l’indépendance du Sahara occidental sous le nom de République arabe sahraouie démocratique (RASD). Ce mouvement s’est affronté directement avec les forces armées marocaines. À la suite de ces affrontements plusieurs dizaines de milliers de Sahraouis ont fui vers l’Algérie. 

On estime aujourd’hui que la population sahraouie compte 612 000 habitants dont 173 333 ont le statut de réfugiés dans des camps algériens. Le Front Polisario contrôle 20 % du territoire à l’Est du “mur marocain” ou “mur des sables”. Ce mur est une longue ceinture de sécurité érigée par le Maroc entre 1980 et 1987.

Sous l’égide des Nations unies en 1991 un cessez-le-feu est conclu et une mission est mise en place pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), cependant le processus est inachevé et la mission a évolué. En effet, depuis 2001, l’option du référendum n’est plus mentionnée au Conseil de sécurité comme une issue au conflit.

En 2007, le Maroc propose un plan d’autonomie pour affirmer sa souveraineté sur le territoire. En réaction, le Front Polisario réaffirme sa volonté de référendum d’autodétermination. Cependant, les négociations échouent ; le point culminant est l’échec des tables rondes de Genève en 2018. Depuis décembre 2020, les hostilités entre le Front Polisario et les Forces armées marocaines ont réémergé ce qui a considérablement intensifié les tensions entre l’Algérie et le Maroc.

Vers une résolution pour le Sahara occidental ?

Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 est adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies, pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental en octobre 2026. Cette résolution est historique pour le royaume, car elle appuie l’initiative marocaine d’autonomie. En effet, le Conseil de Sécurité affirme que la proposition du Maroc de 2007 est une des options “les plus réalistes”. Les Etats-unis sont désignés comme initiateurs du processus politique (pen holder) et sont les médiateurs principaux dans la recherche d’une issue du conflit.

Cette résolution n’est pas inattendue, effectivement les Etats-unis avaient déjà reconnu, en 2020, la souveraineté marocaine sur le territoire. Du côté français, le président de la République, Emmanuel Macron, avait également reconnu officiellement cette souveraineté dès juillet 2024. Ce soutien des occidentaux au plan marocain est motivé par plusieurs facteurs. Le premier est que le Maroc est un partenaire de longue date, la préférence pour la résolution la plus réaliste et donc d’instaurer une stabilité durable dans la région. Le second facteur ayant motivé ce soutien est une lassitude partagée des partenaires européens qui étaient impactés par les tensions entre l’Algérie et le Maroc.

Une victoire diplomatique marocaine ?

Effectivement la résolution est en faveur du Maroc, cependant au sein du Conseil de sécurité et des membres participant à MINURSO, certains se sont abstenus, voire ont montré clairement leur mécontentement face à cette décision.

C’est le cas de l’Algérie, qui est formellement en désaccord avec cette résolution et l’a clairement fait comprendre au sein des instances internationales. Celle-ci était absente au vote du Conseil de sécurité, mais était également absente au vote contre la résolution du renouvellement de MINURSO. L’Algérie ne s’est pas privée de réagir à la victoire diplomatique marocaine pour la nuancer, en rappelant que la résolution 2797 vise à “préserver les fondamentaux de la solution à la question du Sahara occidental”.

Au sein du Conseil de sécurité, nombreux se sont abstenus face à cette résolution. Nous pouvons citer la Chine, la Russie, ou encore le Pakistan. Cette abstention signifie que ces Etats cherchent à garder une posture équilibrée tout en ne faisant pas frontalement face aux Etats-unis.

Selon l’Institut français des relations internationales (IFRI), deux scénarios prospectifs sont possibles. 

Le premier est l’aboutissement de cette résolution en un statu quo. De fait, la résolution conserve une certaine nuance juridique qui vient contrer les ambitions marocaines, réaffirmant le principe du droit à l’autodétermination via référendum, même si cette nuance reste au second plan. Dans son ensemble, le Conseil de sécurité privilégie le plan d’autonomie au profit du Maroc, mais présentant une certaine forme de compromis. De plus, actuellement, il n’y a pas eu d’avancée dans la reprise de pourparlers entre les acteurs en vue d’un accord. Du point de vue américain, cet engagement risque de s’essoufler car la diplomatie américaine s’occupe d’autres dossiers plus brûlants (Guerre en Ukraine, conflit israélo-palestinien, crise au Soudan). En effet, jusqu’à présent nous n’avons vu aucune avancée sur cet accord, la diplomatie américaine est largement surmenée par les priorités de l’administration Trump.

Le second scénario serait l’accroissement de la pression américaine sur le Front Polisario et l’Algérie pour faire avancer rapidement le dossier. Ce scénario est plus risqué mais moins probable, il risque de provoquer deux réactions :

  • Les acteurs rechercheraient un compromis stratégique afin de se prémunir de réactions américaines imprévisibles.
  • L’augmentation des clivages géopolitiques favoriserait la radicalisation des positions.

Au point où nous en sommes, le Maroc a certes remporté une victoire diplomatique au sein des instances de l’ONU cependant, selon son statut, le Sahara occidental est toujours un “territoire non autonome” de l’ONU, qui reste à déterminer.

Quid des relations franco-algériennes ?

La reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental par la France engendre une grande crise diplomatique entre la France et l’Algérie. En effet, l’Algérie a très rapidement rappelé une partie du personnel de son ambassade à Paris puis son ambassadeur lui-même.

D’un autre côté, cela démontre l’alignement stratégique qu’opère la France sur la position marocaine. Cela implique également des changements dans les relations économiques que la France met en place avec ses partenaires outre-Méditerranée. Pour les entreprises françaises cette prise de position est nuancée car cela implique un accès privilégié pour les entreprises françaises au Maroc et pour le développement du Sahara occidental. D’un autre côté, l’accès au marché algérien se restreint avec une baisse importante des échanges entre la France et l’Algérie.

En clair, le Sahara occidental est toujours au cœur de convoitises territoriales et politiques entre puissances régionales, mais il est également sujet de débats à l’échelle internationale à travers des discussions bilatérales et dans les organisations multilatérales.

Lancelot BALISSON

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