Lundi 26 janvier, le secrétaire général de l’OTAN, le néerlandais Mark Rutte, a donné un discours dans le cadre d’une réunion de la commission Sécurité & Défense du Parlement européen. Dans le contexte des émois qui ont suivi le Forum économique de Davos la semaine passée, Mark Rutte a eu ces mots pour le moins critiques envers les Européens : “Si quelqu’un pense encore ici que l’Union européenne, ou l’Europe dans son ensemble, peut se défendre sans les Etats-Unis, continuez de rêver.” De fait, les réactions de toute l’Europe ne se sont pas fait attendre. Mais au-delà de cette polémique, Rutte met effectivement le doigt sur l’important problème de la défense européenne : à l’heure actuelle, l’UE ne peut assurer sa défense seule, en grande partie du fait des Etats membres qui ne sont pas prêts à cette partie de leur souveraineté.
Quelle histoire de la défense européenne ?
Si la question de la défense européenne occupe désormais une place de premier plan au sein des débats, rappelons que l’Europe n’en est pas à sa première tentative de constitution d’une armée à l’échelle du continent. Dès les origines, en 1950, René Pleven, alors président du Conseil, propose à l’Assemblée Nationale sous l’impulsion de Jean Monnet la mise en place d’une armée européenne. Celle-ci permet d’intégrer les futures unités allemandes dans un ensemble placé sous une autorité européenne unique, militaire et politique. Ce projet, qui s’incarne dans la création de la Communauté européenne de défense (CED), est accepté dans les six pays membres de la CECA. Un accord entre les six est signé en mai 1952, mais lors de la ratification des parlements nationaux, l’Assemblée Nationale le rejette le 30 août 1954, ce qui entraîne l’abandon du projet.
Depuis cet échec des six, il faut attendre le Traité de Maastricht en 1992 pour qu’on mentionne à nouveau la défense européenne. Dans l’un des trois piliers du traité se trouve la Politique Étrangère de Sécurité Commune (PESC), qui replace le portefeuille de la sécurité au cœur des priorités européennes. Dès lors, les initiatives en la matière se multiplient : le 22 mai 1992, au sommet de La Rochelle, Eurocorps est créé à l’instigation du chancelier allemand Kohl et du président français Mitterrand. En 1998, l’Union européenne décide d’ajouter à la PESC une Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Les deux politiques fusionnent avec le Traité de Lisbonne pour donner naissance à la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC). Ce même traité consacre la création du SEAE, le Service Européen pour l’Action Extérieure, afin de mieux coordonner l’action diplomatique des Vingt-Sept. Mais depuis une dizaine d’années, les initiatives concrètes, comme la création d’un véritable corps d’armée, ou un transfert effectif des compétences militaires des Etats souverains vers l’UE ne sont pas à l’ordre du jour. L’UE se contente de créer des stratégies (Boussole Stratégique en 2022) et des fonds (Fond européen de Défense, Facilité européenne pour la Paix) ou encore le lancement de la Coopération Structurée Permanente (CSP) en 2017, qui permet une coopération plus poussée et des investissements militaires plus importants.
Menaces géopolitiques : la fin des alliés traditionnels de l’Europe
Si la défense européenne ne s’est pas concrétisée depuis les années 50, il est aisé de penser qu’avec la protection militaire américaine via l’OTAN, l’Europe n’avait nul besoin d’une indépendance militaire. Les relations transatlantiques étaient au beau fixe, surtout après la fin de la Guerre froide qui concrétise l’hégémonie américaine. Mais force est de constater que la donne a changé. Le discours du vice-président américain en février 2025 à Munich, donne le ton. JD Vance n’hésite pas à railler l’Union, traitant les commissaires européens de “kommissar” en référence à l’Union Soviétique. et sermonnant chaque État européen sur sa politique migratoire. Peu de mots sur l’Ukraine, bien plus sur les menaces “de l’intérieur”. Depuis le début du second mandat de Donald Trump, les Etats-Unis semblent s’éloigner de leur responsabilité militaire en Europe, menaçant l’existence même de l’OTAN. En fin d’année 2025, les menaces ne se limitent plus à des déclarations orales mais prennent désormais une forme écrite . Le National Security Strategy, publié le 6 décembre 2025, attaque et dénonce le déclin de l’Europe, majoritairement dirigée, selon l’administration Trump, par des gouvernements minoritaires, bellicistes et décadents. Ce document témoigne d’un revirement de la politique étrangère américaine: dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Russie n’est pas dénoncée comme un ennemi alors que l’incompatibilité fondamentale entre l’Union et les États-Unis est clairement énoncée. Ces menaces peuvent sembler des paroles en l’air, mais ce début d’année 2026 montre effectivement un retour de la “doctrine Monroe”, rebaptisée par les analystes en doctrine “Donroe”. Le retour des ingérences étatsuniennes sur le continent américain s’est opéré dès l’été 2025, incarné par le renforcement des troupes militaires dans la Mer des Caraïbes en août, puis les frappes militaires sur des navires. En novembre, le déploiement de l’USS Gerald Ford enclenche une escalade qui débouche sur la capture du couple Maduro le 3 janvier 2026. Face à ce piétinement du droit international, l’UE doit se rendre à l’évidence : Donald Trump met en application son National Security Strategy. Devant cette menace, le réveil européen s’est toutefois fait attendre. Les réactions des chefs d’État des vingt-sept, initialement très réticentes à condamner l’action de Trump, ont peu fait état du droit international. Certains dirigeants se sont même montrés complaisants, à l’instar de Robert Fico, premier ministre slovaque, qui s’est rendu à Mar a Lago – résidence privée de Donald Trump – quelques jours après, illustrant les profondes divergences des gouvernements européens.
Le réveil européen, comme toujours, se fait dans les crises. Celui-ci a eu lieu lorsque Donald Trump a annoncé vouloir s’emparer du Groenland et qu’il en a fait une priorité le 17 janvier 2026. Rapidement, les rangs se sont serrés, et les multiples déclarations des vingt-sept ont permis de faire savoir la position européenne :celle de la défense de la souveraineté des États membres et de leurs autonomies, comme le Groenland l’est au Danemark. L’envoi des troupes européennes a marqué un véritable tournant, dans le cadre de la mission « Arctic Endurance ».
Cependant, il faut demeurer attentif : l’envoi de ces troupes ne résulte pas d’une demande de l’UE, mais d’une initiative danoise. Cette mission se veut sur le long terme, et l’envoi des troupes européennes, en nombre restreint, reste symbolique. Mais c’est une avancée certaine, qui a fait reculer Donald Trump. Celui-ci a d’abord menacé les pays qui ont envoyé des troupes sur le sol groenlandais, d’imposer des droits de douane de 10% dès le 1er février, avant de revenir sur cette décision au Forum de Davos. Reste à déterminer si le président américain a finalement cédé en raison des menaces associées au recours par l’Union européenne à son instrument anti-coercition, de la démonstration symbolique de forces armées au Groenland, ou parce qu’il a identifié une voie alternative pour atteindre ses objectifs stratégiques. Seul le déroulement des prochains jours permettra d’éclairer cette incertitude.
Les politiques industrielles de défense européennes
“On donne tellement et on obtient si peu en retour” : voici l’une des phrases du discours de Donald Trump au Forum de Davos, pour justifier d’un potentiel retrait de l’OTAN ou du soutien à l’Ukraine. Ce qui est sous-entendu, c’est que l’Europe ne contribue pas assez au budget de l’OTAN et donc plus largement à sa défense. Pourtant, selon l’Agence de la Défense Européenne, les dépenses du Vieux Continent ont tout de même augmenté de 100% entre 2015 et 2025. Selon la Banque mondiale, le pourcentage moyen du PIB des vingt-sept alloué à la défense équivaut à 2%, et comporte des pics pour les États limitrophes de la Russie : 4,2 % pour la Pologne, 3,4 % pour l’Estonie ou 3,1 % pour la Lettonie. Ces chiffres tendent plutôt à démontrer – une fois n’est pas coutume – que le président américain exagère les faits actuels. Cependant, ses propos auraient été valables il y a 10 ans, lorsque la part du PIB alloué à la défense était au plus bas parmi les Etats membres. Si on reprend les mêmes pays, la Pologne et l’Estonie allouaient à cette époque 1,9 % de son PIB, la Lettonie était à 2,2%. Mais depuis, la politique industrielle de défense européenne s’est remise en action. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, les initiatives de la Commission se sont multipliées.
La Boussole stratégique, notamment, est une sorte de livre blanc publié en 2022, qui a permis de guider l’avenir de l’industrie de défense européenne autour de 4 piliers : “Agir”, “Assurer la sécurité”, “Investir” et “Travailler en partenariat”. Mais, selon le propre aveu du SEAE, la copie de la Boussole Stratégique est apparue rapidement caduque au vu des évolutions géopolitiques. Elle est donc complétée le 5 mars 2024 par la stratégie EDIS. Première stratégie industrielle de défense européenne, elle reprend la logique de deux outils déjà en place : Edirpa, mécanisme qui sert au renforcement de l’industrie européenne de défense au moyen d’une acquisition conjointe, et ASAP, action de soutien à la production de munitions. Ces outils viennent doper la production européenne par des incitations financières qui prennent différentes formes.
Mais le plan le plus ambitieux de la Commission a été présenté le 19 mars 2025, par le commissaire à la défense Andrius Kubilius : il s’agit du plan ReArm Europe. Ce plan prévoit un investissement massif de près de 800 milliards d’€ d’ici 2030. Le mot d’ordre est simple : la coopération. Harmoniser les achats, favoriser la production conjointe, créer des systèmes interopérables, investir ensemble – telles sont les différentes formes que prendra ce plan d’investissement. Son financement s’appuie sur l’instrument SAFE (Security Action for Europe), qui comprend une première enveloppe de 150 milliards pour les États volontaires. Pour cela, les pays européens volontaires devront présenter un projet d’investissement à l’exécutif européen. En fonction des armes produites, certaines devront simplement se conformer au principe de préférence européenne, tandis que d’autres seront soumises à des conditions supplémentaires plus spécifiques. Un autre programme adopté dans le cadre de ReArm Europe, est le programme EDIP (European Defence Industry Program) adopté définitivement par le Conseil européen en décembre 2025. Ce dernier vient prendre le relais des outils ASAP et Edirpa –évoqués plus haut – qui arrivent à la fin de leur mandat. EDIP prévoit 1,5 milliard d’euros réparti sur 2 ans (2025-2027) et vise à influencer le budget du plan financier pluriannuel de 2028 à 2034 en faveur d’une défense made in Europe. L’ensemble de ces programmes ne traduisent qu’une seule volonté, celle de stimuler l’investissement industriel et de sécuriser les chaînes d’approvisionnement, traduisant la nécessité de bâtir une « économie de guerre européenne » fondée sur la coopération et la résilience technologique.
Mais alors, face au foisonnement de ces programmes, fonds, plans, comment s’illustre concrètement la défense européenne ? On observe deux types d’exemples dans ce cadre, à commencer par le cas du projet de la coopération industrielle franco-allemande du SCAF (Système de Combat Aérien du Futur). Le projet devait permettre à l’Europe de disposer d’une flotte de combat de “sixième génération”, qui comprend des avions de combat et des drones, le tout coordonné dans un cloud qui permettra de lier le système à des flottes amies, d’ici 2040. Le projet SCAF voit le jour en 2017 entre les industriels français de Dassault Aviation et l’allemand Airbus Defense & Space, rejoints par la branche espagnole d’Airbus en 2019. La discorde se fait principalement autour du premier pilier de ce projet : l’avion de combat. La répartition des décisions doit initialement se faire de façon équitable à hauteur de 33% pour chaque partie, mais c’est précisément ce que dénonce Dassault : Comment le projet peut-il progresser dès lors que chaque décision requiert un accord tripartite, d’autant plus que le concurrent Airbus est représenté deux fois. Dassault exige alors une part préférentielle dans la partie “avion de combat”, ce que n’apprécie guère son concurrent allemand. Depuis, les positions sont figées. En décembre 2025, le syndicat allemand IG Metall d’Airbus annonce “ne plus faire confiance à Dassault” et invite l’entreprise française à se retirer du projet. Une des solutions proposées pour sauver le projet SCAF se manifeste par le remplacement potentiel de Dassault par le suédois SAAB. Cependant, la compagnie a fait savoir qu’elle désirait garder la main sur son savoir-faire clé dans la conception et la réalisation de l’avion, imposant dès lors les mêmes conditions que Dassault. Du côté de l’avionneur français, l’hypothèse d’un développement en solitaire est désormais de plus en plus plausible. Éric Trappier, PDG de Dassault, affirme pouvoir concevoir deux prototypes d’avion de combat de manière autonome. Toutefois, le coût du projet est estimé à 2 milliards d’euros contre 1 milliard dans le cadre du projet avec Airbus, un effort budgétaire que la France ne peut pas se permettre d’effectuer.
Mais alors, existe-t-il des projets de coopération de défense qui fonctionnent en Europe ? On peut prendre l’exemple du succès de MBDA. Il s’agit de la société de défense européenne la plus intégrée, mais également la plus en capacité de répondre aux exigences de l’UE en terme de souveraineté de production des armes de défense (missiles). Dans les années 1990, la fusion entre le britannique BAE Defense et le français Matra Defense donne naissance à MBD sur une base actionnariale paritaire. Ensemble, ils livrent avec succès les commandes du plan “Storm Shadow”, destiné à la Royal Air Force – le tout dans un budget plus faible que celui prévu et dans les délais. C’est finalement au cours d’un appel d’offres pour équiper l’Eurofighter et face à la concurrence américaine que le projet MBD s’associe à l’italien Alenia Marconi Systems, à l’allemand LFK/Bayern Chemie, à l’espagnol Inmize et au suédois SAAB pour devenir MBDA et remporter le marché. En 2001, MBDA devient le résultat de la consolidation industrielle de six missiliers nationaux et se trouve chargé du développement des systèmes de missiles majeurs au niveau européen. En outre, à l’instar du plan “Storm Shadow”, le missile de l’Eurofighter “Meteor” est livré avec succès. Aujourd’hui, MBDA s’impose en leader mondial dans le domaine de la défense, rivalisant directement avec les industriels Américains. La société demeure solidement implantée dans ses pays d’origine et assure la souveraineté européenne de sa filière industrielle de défense.
Quel contingent militaire européen ?
Dès lors, que manque-t-il concrètement à l’Europe pour fonctionner efficacement dans le domaine de la défense ? Si l’on reprend les prises de parole du Forum de Davos, celle de Volodymyr Zelensky est passée quelque peu à la trappe alors que ses mots résument très bien la situation actuelle en Europe : “L’Europe adore discuter de l’avenir, mais évite d’agir aujourd’hui”. Le président ukrainien dénonce un problème de fond, fréquemment reproché à l’UE, mais particulièrement criant dans le contexte d’une guerre qui requiert réactivité et prises de décisions rapides. Il attire ainsi l’attention sur la lenteur des réunions, les lourdeurs administratives, ou encore le manque d’action concrète au sein de l’Union. La nécessité pour l’UE de se saisir de compétences dans le domaine militaire est donc évidente. Mais rappelons que la politique de défense demeure la compétence exclusive des États membres. Alors comment l’UE a-t-elle son mot à dire aujourd’hui ? Elle possède une compétence relative à la politique industrielle, dont une partie concerne plus précisément l’industrie de défense. L’UE peut donc allouer des subventions et des avantages fiscaux aux entreprises européennes d’armement afin de faciliter la production européenne et atteindre les objectifs fixés. Cependant, au regard des traités de l’UE – notamment l’article 42, paragraphe 2 du TUE – la compétence de l’UE semble se limiter à “la politique de sécurité et de défense commune”. Cette dernière peut toutefois prétendre intervenir grâce à la suite de l’article : “Elle conduira à une défense commune, dès lors que le Conseil européen, statuant à l’unanimité, en aura décidé ainsi.” Dès lors, l’Europe dispose d’une certaine marge de manœuvre pour se doter de cette fameuse “défense commune”, mais elle inclut la nécessité d’un accord entre les Etats membres au Conseil européen, organe qui statue à l’unanimité de ses membres et dont chacun possède un droit de veto.
N’y a-t-il alors vraiment que des politiques économiques de la défense européenne, comme l’affirme le président ukrainien ? Si l’on s’intéresse à ce dont dispose l’UE en termes d’État-major –c’est-à-dire en termes de capacité réelle de force armée, d’effectif – l’UE possède deux instances dirigeantes de l’armée : tout d’abord, le Comité politique et de sécurité (COPS), sous l’égide des ambassadeurs des États membres. Celui-ci permet d’agir directement sur les opérations militaires et fournit des orientations au Comité militaire de l’Union européenne (CMUE). Ce dernier, justement, représente l’organe militaire le plus élevé de l’UE. Il regroupe les chefs d’État-major nationaux, dirige les opérations de la PSDC et le développement des capacités militaires. Ces deux comités, rattachés au Conseil de l’UE et présidés par le Général irlandais Seán Clancy dirigent l’Etat-major de l’UE (EMUE) et la capacité de planification et de conduite militaire (MPCC), qui forment ensemble le quartier général militaire de l’Union, qui comprend 200 officiers détachés des Etats membres. L’UE semble donc disposer des compétences, des capacités et des moyens, mais peine à mobiliser cet ensemble.
Indépendamment, d’autres corps d’armée existent à l’initiative d’États membres volontaires: Eurocorps, à l’origine issu de l’initiative franco-allemande, s’est progressivement ouvert à l’Union européenne occidentale (UEO). En 1993, Eurocorps est intégré à l’OTAN, ce qui marque l’échec de la création d’une armée souveraine. Il apparaît rapidement une double allégeance transatlantique et européenne, aisément perceptible dans sa devise : “A Force for the European Union and NATO”. De fait, l’autonomie de ce corps d’armée a aussitôt été tuée dans l’œuf. Cependant, Eurocorps représente une force armée de 500 militaires mobilisables et placés au cœur de l’Europe, et regroupe 6 nations-cadres (France, Allemagne, Luxembourg, Espagne, Pologne, Belgique) ainsi que cinq nations partenaires (Autriche, Grèce, Italie, Roumanie, Turquie).
Quelle coordination avec l’OTAN ?
Concernant l’OTAN, les relations avec l’UE ont été formellement définies en janvier 2001. Mais c’est à partir de l’année suivante que la coopération s’est intensifiée grâce à la déclaration UE-OTAN, qui marque la possibilité pour l’UE de mobiliser des forces de l’OTAN dans le cadre de ses propres exercices militaires – bien qu’une telle décision demeure sous l’aval de l’OTAN. Depuis cette date, les “déclarations conjointes” UE-OTAN ont étendu les domaines de coopération et la reconnaissance de menaces communes. L’OTAN et l’UE ont participé conjointement à différentes missions : l’opération de maintien de la paix en Bosnie-Herzégovine dite “Althéa”, qui a déployé le plus grand nombre de soldats européens, ou encore l’opération “Atalante” au large de la Somalie, assurée par les deux organisation, en 2009, puis uniquement par l’Union après 2016. Cependant, les prérogatives de l’UE en matière de défense sont définies selon le principe des « trois D » (no duplication, no decoupling, no discrimination), communément traduit par l’idée selon laquelle l’UE a le droit de se pencher sur la défense européenne mais non d’empiéter sur les prérogatives de l’OTAN. L’OTAN demeure le pilier de la défense collective, tandis que l’UE renforce son autonomie stratégique pour agir indépendamment lorsque nécessaire. Mais il est évident que l’OTAN est leader dans la réalisation des exercices militaires conjoints.
Quelle réponse en cas d’attaque d’un Etat-membre ?
Au vu de la situation internationale, il n’est pas complètement impensable d’imaginer un scénario d’attaque militaire entre les membres de l’OTAN, plus précisément entre les États-Unis de Donald Trump et l’UE. En mobilisant à nouveau à l’article 42 du TUE, au paragraphe 7, on trouve une clause similaire au célèbre article 5 de l’OTAN, caractérisé par la mutuelle assistance entre les États membres en cas d’agression. Cette clause, dérivée de l’ancien traité de Bruxelles de 1954, avait donné naissance à l’Union Européenne Occidentale. Elle ne fut utilisée qu’une seule fois par la France à la suite des attentats du 13 novembre 2015 à Paris : l’Allemagne avait alors accepté d’envoyer des troupes. Cependant, un même problème demeure : comment mettre en œuvre une telle assistance mutuelle ? L’ancien président du CMUE, l’autrichien Robert Brieger, le disait lui-même à Euractiv : “Qui assurera la coordination en cas de crise de ce type ?”. On peut penser bien évidemment au commandement du CMUE, mais cela nécessitera une action rapide et coordonnée… À 27, cela semble difficilement envisageable. De plus, les fractures semblent parfois si profondes entre les États membres qu’on imagine mal la Hongrie de Viktor Orban ou la Slovaquie de Robert Fico aligner des troupes contre les États-Unis de Trump.
Louise CAMBON

