Aujourd’hui, avec l’émergence des nouvelles technologies comme l’IA, certaines ressources sont devenues indispensables. On parle notamment de minerais tels que le cobalt, le nickel, le manganèse, le graphite et le lithium, qui sont appelés “minerais critiques” : une catégorie stratégique large qui inclut différentes ressources essentielles et qui comprend notamment les “terres rares”, un groupe bien défini de 17 éléments métalliques dont la production mondiale est dominée par la Chine, détenant 60 à 70 % du marché. Mais les États-Unis, malgré leur imprévisibilité, notamment sous le mandat de Trump, sont malgré tout contraints de se détourner d’une posture unilatérale – largement privilégiée jusqu’à aujourd’hui pour contrer l’influence croissante de Pékin.
Toutefois, il convient de préciser que ce que font les États-Unis ne relève pas d’un véritable multilatéralisme : cette ambition – dite “plurilatérale” – se rapproche davantage d’une diplomatie de club, fondée sur des partenariats restreints avec des acteurs qui partagent les mêmes intérêts. En effet, la Chine en est exclue et l’alliance ne dispose pas d’une instance multilatérale à proprement parler. Dès lors, comment les États-Unis multiplient-ils les partenariats internationaux pour sécuriser leur approvisionnement et contrer l’influence croissante de la Chine ? Dans quelles mesures cette démarche pourrait-elle donner naissance à un club international sous égide américaine ?
L’union fait la force
Lors d’une allocution le 4 février 2026 à Washington, le vice-président JD Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio ont proposé une union pour les minerais critiques en s’adressant aux délégations de plus de 54 pays, comme la France, l’Italie, l’Allemagne, le Japon, l’Inde, la Mongolie, le Maroc, l’Angola ou encore la République démocratique du Congo… soit des nations aux quatre coins de la planète.
Cette allocution s’inscrit dans un contexte géopolitique instable, marqué par les manifestations iraniennes, la guerre en Ukraine, les velléités de Trump concernant le Groenland et l’opération réussie de capture du président vénézuélien Nicolas Maduro. Elle s’inscrit également dans une stratégie visant à faire face à la Chine, rival systémique et premier producteur de terres rares – comme évoqué précédemment.
En prônant la mise en place d’un cadre commercial plurilatéral fondé sur des règles communes entre États partenaires, les États-Unis cherchent à garantir ainsi un approvisionnement vital pour le développement de leur pays, mais aussi pour la course à l’IA – qui demande énormément de ces ressources. Cet accord prévoit notamment de fixer des prix planchers et la mise en place d’une zone commerciale préférentielle entre Washington et ses alliés.
D’un bilatéralisme tactique à une ambition plurilatérale
Bien que les États-Unis aient signé de nombreux accords bilatéraux pour les minerais critiques, ils espèrent désormais mener une coalition capable de tenir tête à la Chine. De nombreux acteurs politiques sont intéressés par cet accord, comme l’Union européenne et le Japon, qui, à la suite de cette annonce, espèrent mettre en place ce partenariat stratégique avec les États-Unis, visant à améliorer leur approvisionnement en minerais critiques.
L’éventuelle évolution de ces accords bilatéraux vers une instance plurilatérale illustre cette volonté américaine de coordonner une union capable de stabiliser les ressources critiques tout en réduisant la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Des pays, comme l’Argentine, saisissent l’opportunité
L’Argentine de Javier Milei – qui est extrêmement proche de Trump – a signé le 5 février 2026 un accord sur les minerais critiques, ce qui montre que les États-Unis multiplient les accords bilatéraux afin de mettre en place cette stratégie de coalition plus large. Cet accord permet l’abaissement des droits de douane entre les deux pays, ce qui permet à l’Argentine l’acquisition d’appareils médicaux, des produits chimiques et des médicaments américains à tarifs réduits.
En échange, elle multiplie par 5 son quota d’exportation de viande bovine aux États-Unis et garantit un accès préférentiel à ses minerais critiques. Cela représente une opportunité de croissance économique pour l’Argentine, qui prévoit une augmentation de ses exportations de 6,037 milliards de dollars à plus de 100 milliards, sur les sept prochaines années.
Il s’agit donc d’un bilatéralisme stratégique au service d’une ambition plurilatérale. Les accords, bien que juridiquement bilatéraux, sont construits autour d’un intérêt de leadership stratégique plus global et clairement défini par les États-Unis, visant à sécuriser leur approvisionnement technologique et industriel.
Une stratégie qui présente des limites
Cependant, cette stratégie a ses limites. En effet, elle repose sur la coopération de nombreux pays ayant des intérêts pouvant tout de même diverger, ce qui peut ralentir la mise en place de cette alliance. De plus, cette dernière dépend fortement des États-Unis, qui restent imprévisibles – notamment sous les mandats de Donald Trump – ce qui pourrait décourager certains pays à rejoindre cette initiative. Pour finir, cette coalition doit faire face à la réactivité de la Chine et à sa capacité à manipuler les prix pour conserver son avantage stratégique.
Ainsi, à travers cette allocution, les États-Unis veulent lutter contre la montée en puissance de la Chine et endiguer son influence sur ces ressources essentielles. En effet, la Chine se sert de ces ressources comme levier politique en jouant sur les prix, créant une instabilité sur le marché. Les États-Unis, à travers les accords bilatéraux qu’ils multiplient, veulent mettre en place une coalition de contrôle des ressources critiques face à la Chine. Elle permettrait de diminuer l’influence du géant chinois tout en relançant les industries états-uniennes, mais aussi de stabiliser le marché des terres rares – essentiel dans la course à l’IA. Pour finir, en tant que leader de cette union sur les minerais critiques, les États-Unis exhortent les pays du monde à choisir leur camp dans la guerre économique qui se joue et se jouera, dans les années à venir, entre l’aigle et le dragon.
Alexandre COULONDRE

